Nous sommes heureux de vous rencontrer sur la terre d’Egypte, vous, responsables
des écoles Catholiques dans de chers pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord,
pour examiner avec vous l’avenir de ces écoles et dans quelle mesure elles
accompagnent les changements que connaît cette région du monde et qui imposent à
ces écoles de changer à leur tour afin de remplir leur mission et de conserver
leur excellence ou de pousser cette excellence tous les jours vers le meilleur
et le plus haut.
Je viens
à vous du Liban, ce pays frère qui a accueilli les écoles Catholiques depuis des
centaines d’années et auxquelles il doit beaucoup en matière de chances de
progrès intellectuel et scientifique qu’elles ont procurés à son peuple dans
toutes ses composantes. Comme tous ses pays frères, il se tient aujourd’hui au
seuil d’une ère nouvelle de rapports régionaux et mondiaux qui requiert de tous
de revoir leurs objectifs éducatifs ainsi que les moyens propres à préparer de
nouvelles générations capables de jouer leur rôle dans l’édifice social général
et dans la construction de leur vie dans quelque lieu et quelque circonstance
qu’elles se trouvent.
Le
Secrétaire Général des Ecoles Catholiques au Liban, Père Marwan TABET, m’a
demandé de participer avec vous à la réflexion sur les nouveautés de l’action
éducative dont vous assumez la charge dans les divers pays de la région, et sur
les moyens propres à maintenir la qualité reconnue de vos écoles, qui ne saurait
être conservée que par un esprit nouveau et des méthodes nouvelles à mettre en
évidence ou en œuvre pour atteindre les objectifs souhaités. Cependant je dois
vous avouer mon embarras devant cette responsabilité dont m’a chargé mon ancien
étudiant, le Père Marwan, lorsqu’il m’a sollicité pour faire cette
communication. J’ai abandonné, en effet, l’activité scolaire directe depuis
vingt ans, bien que j’aie passé autrefois près d’un quart de siècle dans
l’administration puis dans la présidence du Collège de La Sagesse à Beyrouth.
Aussi ai-je besoin moi-même de votre science dans ce domaine, besoin que vous me
mettiez au courant in situ de vos riches expérimentations dans la conduite et le
développement de votre action éducative. Mais les évêques eux aussi obéissent
tout comme ils ordonnent. Voilà pourquoi je demanderai votre indulgence en
évaluant les pensées que j’exposerai devant vous sur le sujet de votre congrès.
Je diviserai ma communication en trois parties: dans la première, j’exposerai la
direction que doit éviter de prendre le mouvement vers l’excellence en éducation;
dans la deuxième, j’indiquerai le chemin que les plans peuvent suivre pour
atteindre cette excellence; dans la troisième, je tâcherai de proposer une
représentation du service que cette excellence peut rendre à la mission
ecclésiale, mission qui veut le bien de l’homme dans cette région, de tout homme,
dans la plénitude de son humanité.
Première
partie
Ce qu’il faut éviter dans la démarche de qualité en éducation:
Il existe une différence radicale entre la qualité
que nous devons rechercher et l’élitisme que nous devons éviter. Il y aurait
chez nous, comme chez d’autres, des écoles accusées de pratiquer l’élitisme, ou
la pratique de fait à partir d’une échelle de valeurs que revendiquent ses
promoteurs et ses partisans. L’élitisme est un choix propre visant à former un
groupe de gens supérieur aux autres ou qui dispose d’atouts lui permettant
d’acquérir une précellence aux dépens d’autrui et pour une longue durée. Il
n’est pas vrai que cet esprit élitiste soit l’invention de certaines écoles
Catholiques ou bien d’autres écoles. Il est, en réalité, antérieur au
Christianisme et revient à des temps où les sociétés étaient divisées en classes
établies ou favorisant cet état de fait. Aristote n’a-t-il pas prêché
publiquement la discrimination entre les hommes libres et les esclaves? Les
libres avaient pour eux la science et les trésors du savoir, ils y puisaient
grâce à leur supériorité et à leur latitude de passer la vie à la recherche de
la vérité. Ils pouvaient le faire, parce que le travail matériel et le gain de
leur vie incombaient aux esclaves qui n’avaient d’autres aptitudes que pour les
travaux serviles.
En
opposition à cette ancienne situation représentée par l’aristocratie de
l’éducation que des pays ont connue dans leur ancien patrimoine comme dans des
patrimoines récents, face à la masse des ignorants condamnés à rester dans leur
ignorance, ont émergé, dans les temps modernes, des tendances qui prônent la
démocratie de l’éducation et mettent en œuvre une politique visant à en assurer
le succès. Cette politique ne suppose pas forcément l’égalité, chez tous, des
dons et des compétences, elle vise néanmoins ce qu’on appelle l’égalité des
chances. A chacun doit être donnée la chance d’accéder à la science et de se
réaliser selon ses propres capacités.
Devant cette distinction entre l’aristocratie de
l’éducation et sa démocratie nous posons la question au sujet de notre politique
scolaire dans nos Eglises et dans nos établissements éducatifs en tous lieux.
Nos objectifs étaient-ils tous légitimes et exempts de tout préjudice? Ou bien
cherchons-nous à servir nos sociétés dans toutes leurs composantes, ne
privilégiant aucune catégorie ni aucune classe au détriment d’une autre? Un des
problèmes posés à l’opinion publique autour des écoles Catholiques, ou de
certaines de ces écoles, porte sur la contestation qui accuse ces écoles de
consacrer leurs efforts éducatifs à favoriser les riches et les classes aisées
plus que d’autres. Si nous souhaitons une bonne éducation dans ces écoles, cela
ne nécessite guère que notre attention soit limitée à une classe sociale à
l’exclusion des autres. Bien plutôt nous sommes requis d’assurer les chances
d’une bonne éducation à tous les élèves de notre peuple sans distinction ni
discrimination.
Toutefois,
ce problème ne se borne pas aux choix faits par les seules écoles Catholiques.
Il se pose dans plus d’un domaine et au niveau du monde entier c’est-à-dire au
niveau des relations entre les pays riches et les pays pauvres et à leurs
rapports conscients et impératifs. Autrefois s’était posée la question de
l’économie mondiale qu’établissaient les Etats colonialistes. Les pays riches
imposaient aux pays pauvres une économie favorable à leurs intérêts propres sans
égards pour les autres. Il en découlait que les Etats développés conservaient
leur supériorité et que les Etats pauvres s’enlisaient dans leur pauvreté,
n’étant pas libres de décider du choix de leur économie ni de son orientation de
manière adéquate. Ce qui se passe au niveau de l’économie risque de se passer
aussi au niveau de l’éducation et de l’enseignement, ou de l’acquisition des
outils de développement voire de leur emploi. N’y a-t-il pas dans le monde une
tendance à maintenir les Etats producteurs dans leur statut de producteurs et à
accroître leur production, et aux Etats consommateurs de rester figés dans leur
statut de consommateurs sans qu’il leur soit permis de passer à la production et
au développement? Il est hors de doute que cette politique injuste se sert entre
autres des moyens éducatifs pour rester maître de la décision mondiale et de
toutes ses conséquences. Citons, à titre d’exemple, que les manuels de
mathématiques seraient conçus autrement à l’usage de sociétés développées que
dans les sociétés de consommation, de sorte que les peuples des pays pauvres
n’aient pas accès à des niveaux scientifiques lui permettant de parvenir à des
industries avancées. La haute technologie n’est-elle pas aujourd’hui l’apanage
des riches, alors que les nations pauvres sont bien en-deçà de cette technologie
du point de vue de la valeur et de l’efficacité?
Il en est de même de l’exode des cerveaux. C’est
un phénomène bien connu qui ne va qu’à sens unique, c’est-à-dire vers les Etats
riches et puissants. Ces Etats sont, en effet, seuls capables de dépenser des
sommes considérables pour les recherches et les chercheurs. Toutes ces raisons
sont de nature à limiter la qualité de l’éducation à certaines catégories de
personnes. Et c’est cela précisément qu’il faut reconsidérer pour que les
sociétés soient solidaires et participantes à la science, à la production et à
l’échange d’intérêts. Cela n’est pas facile. Mais l’histoire est appelée à aller
dans ce sens, sinon la globalisation risque d’être négative en soi comme dans
les retombées de son expansion.
Deuxième
partie
La qualité scolaire: conception et réalisation
Dans cette partie de notre communication nous
passons d’une affaire essentielle, l’affaire des objectifs que nous désirons
atteindre à l’école, à l’action en vue d’atteindre ces objectifs, aux conditions
et règles de cette action et à la manière de pourvoir les écoles des
dispositions requises à la réalisation de ces objectifs au niveau des personnes,
des lieux et des moyens. Nous aborderons aussi l’interaction entre les personnes
concernées, la conscience qu’elles ont de leurs responsabilités en vue de
réussite souhaitée. En ce sens nous pouvons dire que la bonne école est celle
qui se fixe des objectifs bien clairs, qui en prend conscience au niveau de
chaque acteur responsable, et qui procède, pour réaliser ces objectifs, à une
action commune et programmée mettant en œuvre les moyens suffisants propres à
cette action. Elle est aussi l’école qui évalue clairement son action pour voir
où elle en est de ses objectifs, ce qu’elle doit modifier ou améliorer pour leur
réalisation. C’est ce qu’on peut dire brièvement sur ce qu’il est courant
d’appeler aujourd’hui, dans le monde de l’éducation, le plan d’action vers la
qualité ou la marche vers le succès qualitatif d’une école.
Ce mode de pensée est emprunté au monde de
l’économie où l’amélioration de la qualité de production est un moyen de
promouvoir le développement des institutions. Celles-ci répondent alors de plus
en plus aux commandes des clients dont le nombre augmente, prêts à payer
n’importe le meilleur prix afin d’obtenir un bon produit satisfaisant à leurs
besoins. Ce raisonnement ne saurait être rejeté s’il peut éclairer l’opération
éducative, ses objectifs et ses moyens, et resserrer les liens entre l’école et
les parents, chaque partie y trouvant son compte en atteignant les fins qu’elle
cherche. On sait que toute école a son image dans l’esprit des gens qui
conduisent leurs enfants vers elle moyennant cette même image. Avec le temps,
celle-ci peut reluire et se raffiner, mais elle peut aussi se ternir et se
brouiller. Entre l’éclat de l’image et son flou, la fréquentation de l’école
devenir forte ou faible. Il est donc nécessaire, en tout premier lieu, que
l’école ait des objectifs et des orientations bien définis. Elle en informe les
parents qui les acceptent les considérant avantageux pour eux et pour leurs
enfants. Sur cette base se conclut un accord tacite entre les deux parties,
semblable à un contrat que chacune s’engage à exécuter et dont naissent des
droits et des obligations que les deux contractants respectent et qui
garantissent à chacun ses intérêts légitimes.
a) La coopération à l’action éducative
Le secret du succès scolaire réside dans la
renonciation à établir un plan d’action par pure autorité, indépendamment de son
terrain d’exécution ou des acteurs à l’œuvre pour son application. Dans les
Etats centralisés, l’éducation s’expose au risque de voir les hautes autorités
gouvernementales établir seules les plans scolaires de sorte qu’il ne reste aux
autres que de les mettre en application. Ce dirigisme ne sert en rien
l’éducation ni la qualité éducative; au contraire, il porte le personnel
éducatif à se démettre de ses efforts et de sa réflexion responsable.
L’opération éducative ne marche droit qu’avec la coopération de tous les
éléments qui y participent. Ce qui est vrai pour les ministères et les Etats
l’est tout autant pour les écoles privées qui peuvent, grâce à leur souplesse,
repousser la tendance autoritaire et superbe et choisir la voie de la
coopération constructive, sur tous les plans, avec les éducateurs à l’oeuvre
dans leurs établissements. La question qui se pose est de savoir si nous tenons
tous nos collaborateurs dans le champ éducatif informés de l’image que nous
entendons donner de notre école et des objectifs et programmes que nous
élaborons pour l’atteindre. Aucune personne ne sentirait son appartenance à un
corps donné si elle en restait éloignée et qu’elle ne s’en occupait pas
spontanément et efficacement. Alors que si, au contraire, le maître devenait un
associé dans l’œuvre éducative, il se transformerait en militant pour la cause
de l’école, car le succès de l’école serait un succès pour lui et pour les
autres.
b) L’amélioration du niveau des ressources humaines
De là l’importance du développement des ressources
humaines dans les écoles. Le recrutement scolaire doit obéir à des règles
claires et objectives. Il en est de même de l’attention à accorder aux
éducateurs après leur engagement pour qu’ils soient mis eux-mêmes d’abord sur la
voie du succès et au service de l’excellence. Il est également possible de
soulever le problème du recrutement éducatif du point de vue de la bonne
disposition des bons éléments humains à entrer actuellement dans le monde de
l’éducation. En effet, l’enseignement n’attire plus les jeunes en quête de
succès économique et social. Et la société qui a besoin des éducateurs n’accorde
pas à ceux-ci la considération suffisante, aussi bien matérielle que sociale.
Cet état de fait constitue une menace fondamentale pour le succès de l’action
éducative. Y remédier avec les moyens et les décisions appropriés est le devoir
de tous, en particulier dans les écoles Catholiques. Depuis combien de temps
avons-nous parlé de l’institution d’écoles normales sans passer, dans ce domaine,
des spéculations à l’acte? Les avocats suivent un stage, de même que les
ingénieurs et les médecins, tandis que les enseignants sortant des universités
non spécialisées en éducation entrent directement dans l’enseignement sans
préparation, ce qui rend leur succès tributaire des expériences acquises le plus
souvent au prix d’erreurs, et à longue échéance bien coûteuse.
c) La communication entre maîtres et élèves
En plus de la coopération
indispensable à l’établissement des objectifs et à leur réalisation entre
l’école et les enseignants, le succès scolaire requiert aussi la création d’un
climat de dialogue constructif entre les maîtres et les élèves. Ces derniers ont
droit à l’éducation, et pour eux, l’excellence de l’enseignement est celle de
l’apprentissage. Aussi faut-il éviter la relation unilatérale de pensée, de
l’enseignant vers l’élève, et adopter la communication entre les deux parties
concernées, si bien que l’éducation devienne personnalisée, et par conséquent,
son utilité garantie. L’élève a droit à l’acquisition des méthodes propres à le
conduire à la découverte de la vérité. Il a, par ailleurs, sa personnalité
propre que le maître doit aider à la développer et non à la compromettre en lui
imposant un « bourrage de crâne » qui finit par étouffer toute aptitude créative.
Nous ne faisons que le répéter: le maître est celui dont on ne peut se passer au
départ, et qui fait en sorte de devenir inutile jour après jour.
d) Le rôle des parents dans leur collaboration avec l’école
Il en est de même du rôle des parents accompagnant
l’éducation de leurs enfants. L’école est pour eux un lieu de rencontre avec les
maîtres et la direction. Là sont explicités pour eux le projet de l’école et les
moyens mis en œuvre pour atteindre l’excellence scolaire. C’est pourquoi au
droit des parents de choisir l’école de leurs enfants et la qualité d’éducation
qu’ils veulent pour eux, correspond l’obligation pour l’école d’expliquer aux
parents son mode d’action et d’établir avec eux un dialogue afin que chaque
partie prenante de l’éducation occupe sa place et assume son rôle en vue de
l’excellence éducative requise. Il s’agit de la conjugaison permanente des
efforts de la part de toutes les parties. Cela demande de susciter une
atmosphère d’écoute mutuelle et de consacrer le temps nécessaire à sa
réalisation. L’écoute mutuelle, voilà ce qui développe le sens de la
responsabilité commune et qui aboutit à un succès certain.
e) L’évaluation des résultats éducatifs
Ainsi se dessine le triangle idéal requis pour
l’excellence scolaire. C’est le triangle de la collaboration et de l’interaction
positive entre l’école, les professeurs et les parents qui poursuivent tous les
mêmes buts et désirent le même succès. Cela étant, il incombe à tous d’examiner
les résultats obtenus en procédant à une évaluation des efforts accomplis sur
tous les plans. L’évaluation est le mot nouveau qui vient s’ajouter aux deux
autres: clarté des objectifs souhaités et contribution à leurs réalisations,
pour qu’apparaisse un nouveau triangle dans le processus éducatif qu’il faut
souligner et dont il faut adopter les implications comme fondement et garantie
du succès. L’école doit d’abord porter sur ce qu’elle fait un regard critique et
analyse les résultats obtenus, et cela de façon ininterrompue. Cela s’accomplit
en recueillant les informations objectives et sûrement établies sur ce qui se
fait à l’école, et en portant enfin un jugement objectif sur l’efficacité
inscrite et la politique suivie, et en rectifiant le tir dans la direction
voulue, afin de prévenir l’échec et de garantir les chances de succès.
Dans cette évaluation, l’école prend soin aussi de
poser des critères précis pouvant servir de guide à l’opération évaluative avec
tous ses éléments. Ce qui est recherché, ce n’est pas seulement les résultats
enregistrés en fin d’année ou aux examens du Baccalauréat, ni l’échec scolaire,
mais aussi les résultats notés dans chaque matière au programme. Les éducateurs
examinent concrètement l’apprentissage des élèves et les moyens utilisés, moyens
constamment soumis à révision. On notera également le climat dominant de
l’action éducative ainsi que les structures de fond mises en place à l’école.
Participent à cette évaluation toutes les personnes impliquées de la communauté
éducative: la direction de l’école, les enseignants et les parents, car leurs
responsabilités sont évidentes et complémentaires. Si ceux-là ne sont pas
attentifs à l’excellence de leur action, il est difficile que les avertissements
des autres, proches ou lointains, leur soient de quelque utilité.
Cependant une évaluation extérieure, effectuée
hors du cercle des acteurs en jeu, reste nécessaire pour aider la communauté
éducative à prendre conscience du cours des choses. C’est ce que font les
spécialistes en éducation lorsqu’ils évaluent le succès scolaire dans un grand
nombre d’écoles ou dans un pays tout entier. Alors sont mises en lumière des
considérations pertinentes pouvant servir à une meilleure orientation de
l’éducation. Elles pourraient, au bout du compte, porter les ministères de
l’éducation à effectuer une évaluation complète de l’opération éducative dans
leur pays, au point d’arriver au remaniement des programmes en vigueur et
l’adoption de modifications jugées nécessaires. Nous pourrions résumer
brièvement cette opération en quatre points sur lesquels porte toute évaluation:
premièrement, les résultats des élèves; deuxièmement, le degré d’investissement
des enseignants; troisièmement, le climat d’interaction et de coopération entre
les acteurs de la communauté éducative; quatrièmement, l’adoption des moyens
éducatifs efficaces et l’établissement des budgets conséquents pour atteindre
les objectifs requis.
f) Le coût de l’éducation et ses problèmes
A la lumière de ces besoins se pose directement un
grand problème: le coût de l’éducation et les parties qui le couvrent. Une bonne
éducation demande un coût plus élevé. Qui est-ce qui le prend à sa charge? Dans
certaines sociétés de consommation on va jusqu’à se demander si le grand nombre
d’enfants est souhaitable compte tenu du coût de leur éducation, qui aurait pour
effet de priver les sociétés de ses distractions et de ses insouciances. Ce qui
nous ramène aux valeurs sociales fondamentales et au rôle de l’Eglise de les
défendre et de les préserver au sein de l’éducation. Voilà ce que nous
aborderons dans la troisième partie de notre intervention.
Troisième partie
La qualité scolaire et la mission de l’Eglise
L’objet de cette dernière partie de notre
communication est l’appel à l’évaluation des écoles Catholiques quant au service
qu’elles rendent véritablement pour répandre l’enseignement de l’Eglise et
construire la civilisation de l’évangile. Cette évaluation, nous l’effectuerons
ensemble en toute transparence et toute fidélité. Si vous n’arrivez pas à
accomplir cette besogne essentielle au cours de ce congrès, nous vous invitons à
y donner suite ultérieurement, mais avec insistance et en toute responsabilité.
Pour justifier l’existence de nos écoles Catholiques, nous disons généralement
qu’elles sont un espace ouvert à tout élève, sur une période de douze ans et
plus, pour recevoir l’enseignement Chrétien. Les résultats obtenus
correspondent-ils aux attentes légitimes dans ce domaine?
En poussant plus loin notre réflexion dans cette
direction, nous posons le sujet de la civilisation qui nourrit l’action de nos
écoles et se nourrit par elles. Nous posons la question sur les objectifs
déterminés dans ce domaine et sur les dispositifs mis en œuvre pour les
atteindre. Nous avons une charte éducative en vigueur dans nos écoles
Catholiques, et le Siège Apostolique proclame les objectifs que ces écoles
doivent chercher à atteindre. L’Ecole Catholique se propose de faire connaître
Dieu par Jésus-Christ et à le découvrir à travers la nature et les événements
historiques où il parle à l’homme « à maintes reprises et sous maintes formes »,
comme l’affirme l’Apôtre Paul. Au nombre de ces objectifs, il y aussi
l’éducation de générations attachées aux valeurs supérieures, en quête de vérité
et de justice, pratiquant la miséricorde et le pardon, préférant les valeurs de
l’esprit à celles de la matière et vivant la solidarité humaine pour la
réalisation d’un monde de fraternité universelle. Tout cela se trouve dans notre
charte. Cependant si nous appliquions les principes de l’évaluation dans notre
activité scolaire à cet objectif spécifiquement, les résultats pourraient nous
éclairer sur nos performances accomplies jusqu’à présent, ou sur nos déficiences,
ce qui nous inciterait à prendre les mesures adéquates pour modifier notre
action et pour l’améliorer en vue d’une excellence éducative intégrale, humaine
et spirituelle.
C’est là
un appel adressé à nous tous, en tant que responsables de nos écoles, de
vérifier que ce projet spirituel dans l’éducation de nos enfants est vraiment
présent parmi les priorités de ces écoles, et que le triangle éducatif formé de
la direction, des parents et des enseignants, est suffisamment bien informé sur
ce projet, ou, au contraire, qu’il est inconscient de ses dimensions et peu
diligent à le mettre en application. Nous efforçons-nous, comme il se doit, de
semer ces valeurs humaines et spirituelles dans l’esprit de nos enfants ou y
sommes-nous indifférents? Et même si, dans l’absolu, nous approuvons ce projet,
est-ce que nous veillons pratiquement à prendre les moyens de le réaliser au
cours de toute la scolarité et dans ses cycles successifs? Toutefois, cet
objectif ne peut être atteint par la seule voie de la catéchèse, mais il est à
chercher à travers l’enseignement de l’histoire, des langues et des humanités où
sont exprimées les vérités divines dans des beautés que l’élève apprend à
découvrir. Ici apparaît le rôle crucial des enseignants à qui incombe une grande
responsabilité à conduire les élèves dans la découverte de ces vérités. Ce qui
leur impose d’être vraiment fidèles à leur foi et disposés à en témoigner et à
la confesser dans l’exercice de leurs fonctions comme en dehors. Sommes-nous
vraiment vigilants pour nous assurer que nos enseignants sont engagés pour ces
valeurs sachant qu’il leur revient de les fixer dans les consciences et
d’appeler à les assimiler dans les esprits et dans les cœurs?
Nous entendons souvent des voix appelant l’école à
être neutre vis-à-vis des religions. En effet, elle accueille des élèves de
toutes les confessions religieuses, et ne fait la propagande pour aucune d’elles
au détriment d’une autre. Mais ce qui est entendu par cette neutralité c’est de
ne pas semer le fanatisme et de ne pas refuser l’autre à travers l’enseignement
religieux ou d’autres enseignements. Mais il n’est nullement question de
pratiquer la neutralité à l’égard des valeurs spirituelles que nous avons à
révéler et dont nous avons à témoigner devant nos élèves et pour eux. Nous
sommes, dans cet Orient, des peuples qui admettent que les religions inspirent
les sociétés dans leur vie spirituelle, politique, sociale et morale. L’école
doit donc avoir une conception claire de son devoir et de son rôle dans la
préparation des élèves à l’interaction entre la religion et la vie, et dans la
promotion du dialogue religieux et de civilisations en paroles et en actes. Il
s’agit là d’un projet éducatif par excellence pour lequel il faut se mobiliser
et dont il faut évaluer les résultats pour que s’éclaire l’image de l’homme que
nous construisons par l’éducation et par son insertion dans la vie active. C’est
là un défi capital pour l’excellence réclamée dans nos écoles. Relever ce défi
revient à vous, chers amis, sur les plans de la discussion, de la planification
et de l’exécution. Vous oeuvrerez avec l’Eglise et en son nom constamment
déterminés à réussir dans vos bonnes initiatives et dans l’accomplissement de ce
devoir devant Dieu et devant les hommes.
Espérant vous voir vous occuper assidûment de
cette dimension essentielle dans l’opération éducative avec ses autres
dimensions que vous recherchez, nous vous souhaitons plein succès dans vos
efforts. Votre action est une continuité, elle ne connaît pas de limite, et la
découverte des horizons se fait plus vaste au fur et à mesure que vous avancez
en leur direction. Puisse la réussite vous accompagner, et avec la réussite la
joie bien que pétrie de fatigue. Et merci pour votre attention.